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Pourquoi Fontenoy-la-Joûte?Fontenoy-la-Joûte a été choisi par François Guillaume, président-fondateur du village du livre, car il fallait un vrai village, situé en pleine campagne et non pas dans une quelconque banlieue : venir dans un village du livre doit être "dépaysant" pour le citadin. On doit pouvoir s'y rendre à pied sans craindre la circulation automobile : Fontenoy-la-Joûte est à 5 km d'une route nationale. |
"C’est où?"Fontenoy-la-Joûte se situe dans l'Est de la France, dans un quadrilatère Nancy-Metz-Strasbourg-Mulhouse, juste aux confins de cinq départements (Moselle, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Bas-Rhin, Haut-Rhin). Ce village de Lorraine se trouve en Meurthe-et-Moselle, à 55 km au sud-est de Nancy, entre Lunéville et Saint Dié (route nationale 59), à 6 km à l'ouest de Baccarat, la cité du cristal. |
Un village typiquement lorrain...Né du défrichement, Fontenoy-la-Joûte date du XIIe siècle (1120). Ce village en étoile (variante du village-rue) est bâti à la croisée de chemins qui desservaient les champs. Dans ce village certes très rustique mais typiquement lorrain, les maisons du XVIIIe siècle, toutes juxtaposées, assez étroites de façade (2 travées pour les manouvriers, 4 pour les laboureurs aisés) mais tout en longueur, s'égrènent à flanc de coteau jusqu'à la chapelle St Pierre qui depuis le XIIIe siècle marque juste la limite entre le Bassin parisien et le massif vosgien. |
Son église
L'église actuelle, édifiée entre 1864 et 1869, succède à deux édifices, reconstruits au même emplacement. Due à un architecte aussi prolifique que méconnu, sa construction s'inscrit dans le vaste mouvement de reconstruction d'églises rurales qui touche la Lorraine dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Une ancienne église insuffisante: Etabli entre 1749 et 1752, l'édifice présente une nef unique de 15,30 m de long sur 10,60 m de large. Surmontée d'un plafond en plâtre, elle précède un choeur à cinq pans, voûté d'arêtes et pourvu de contreforts. La toiture est en tuiles creuses. Orientée à l'Est, la façade principale est surmontée d'une tour de trois mètres de côtés surnontée d'une flèche pyramidale d'une hauteur de neuf mètres. Rédigée en 1863 par l'architecte L. Vautrin, cette description fait apparaître quelques modifications de l'édifice originel: La construction, peut-être en 1820 , d'une sacristie derrière le choeur, l'éblissement des deux contreforts du pan axial de l'abside et, par voie de conséquence, de nombreuses fissurations dans les voûtes. En 1853, l'architecte Félix Antoine de Lunéville présente, à la demande de la municipalité, un devis pour le remplacement de la voûte par un plafond. Jugés trop onéreux ces travaux ne furent pas réalisés. Pour remédier au manque de place, Antoine établit une tribune pour accueillir une partie des paroissiens durant les offices. Dix ans plus tard, l'architecte Vautrin observera que l'édifice ne pouvait contenir plus de 300 personnes alors que la commune abritait 650 habitants. Dès le début de l'année 1863, la municipalité prend la décision de reconstruire l'église. Architecte à Nancy, Léon Vautrin est chargé de dresser les plans d'un nouvel edifice. Nous ignorons dans quelles conditions la municipalité fait appel, en ce début d'année 1863, à Léon Vautrin. Il est vraisemblable que sa notoriété n'est plus à faire dans le domaine des travaux communaux, où il semble s'être spécialisé depuis le début des années 1850. La commune voisine de Baccarat lui doit, en 1853, la construction d'une église, dont il est fort probable que les édiles de Fontenoy aient admiré l'unique tour et son décor pastichant, le style flamboyant. Né en septembre 1820 Léon Vautrin s'installe à Nancy en 1841. Il apprend l'architecture dans le cabinet de Chartes Vivenot (1811-1873).Celui-ci est un homme épris d'architecture gothique, c'est aussi l'auteur des églises de petitmont (1848-1852), Saint-Firmin (1853), Flirey (1850), et Vivenot assure, jusqu'à sa mort, la surveillance des travaux de restauration de la basilique de Saint- Nicolas-de-Port. Vautrin, architecte en décembre 1849, se met à son compte en 1851. Les années 1850-1853 sont celles du début du retour en force de l'architecture gothique en Lorraine. Vautrin s'y associe pleinement en réalisant la chapelle des Oblats, premier édifice néogothique construit à Nancy (1849- 1859), les églises de Thiébauménil (1853), Blâmont (1853-1855), Saint-Léon à Nancy (1860-1877). Si ses premières réalisations font essentiellement références à l'architecture flamboyante du XVe siècle, les années 1859-1860 marquent un retour à des formes plus apaisées beaucoup plus proches de l'architecture ogivale du XIIIe siècle, elles sont aussi celles du début de la réalisation de la cathédrale catholique de Canton (Chine) où Vautrin reproduit l'élévation intérieure de la cathédrale de Toul. Entre 1860 et 1880, Léon Vautrin réalise plus de soixante églises et chapelles, tant pour des communes que pour des congrégations religieuses, de style gothique ou roman, dans le goût d'une architecture que Viollet-le-Duc (1814-1879) avait remis à la mode après l'avoir codifiée, fécond dans la plus grande partie du département de Meurthe-et-Moselle (sauf l'arrondissement de Briey), l'ancien arrondissement de Mirecourt et l'arrondissement de Neufchâteau (Vosges), l'arrondissement de Château-Salins (Moselle). Léon Vautrin meurt accidentellement à Frouard le 11 novembre 1884. Plusieurs architectes dont Antoni Rougieux (1854-1922), E. Fisson (1842-1879) et son élève puis successeur Joseph Blet s'inspireront, jusque dans les années précédant la Première Guerre Mondiale, de fomlules décoratives et architecturales dues à Léon Vautrin. Georges, Albert- Emile Blet (1869-1954), fils de Joseph Blet, sera l'un des architectes le plus productif de l'Ecole de Nancy. |
Une oeuvre de série, un premier projet est rédigé le 20 juillet 1863, Vautrin y conserve, à titre provisoire, semble t-il, la tour de l'ancienne église. Un second projet, en date du 20 juin 1864, complété par un devis supplémentaire en août pour l'ajout d'éléments de décor, donne une image quasiment conforme à l'église actuel. Les travaux, pour un montant total de 40 953 francs sont adjugés le 21 avril 1865 à l'entrepreneur Beaufort de Laronxe. Leur déroulement met en oeuvre les techniques de construction courantes et économiques de l'époque : voûtes en briques creuses dont la faible poussée autorise l'emploi de contreforts peu saillants, emploi fréquent des ancrages et tirants métalliques dans la maçonnerie. L'achèvement du chantier intervient seulement dans le courant de l'année 1869. A la suite d'un dépassement mal expliqué, les coûts de construction de l'édifice se montent, en fait, à la somme de 50 266 francs somme sur laquelle la commune n'a pu verser que 42 351 francs. Une demande de secours exceptionnel est adressée au sous-préfet de Lunéville le 29 décembre 1869. Le maire y font remarquer que le montant du déficit est consécutif à la faiblesse du rapport des coupes de bois extraordinaires consenties par la commune pour le lancement du chantier . Bien que l'église ne soit pas encore totalement payée en 1873, la municipalité demande un devis à l'architecte Mougenot de Lunéville pour réparations et construction d'une clôture en avant de l'entrée. Ces travaux sont effectués deux ans plus tard, pour la somme de 4031 francs. L'église ne sera jamais totalement achevée, l'absence de sculpture sur les chapiteaux seulement dégrossis de la nef en fait foi. Diverses améliorations sont ultérieurement apportées, comme c'est très souvent le cas à l'époque. Trois autels, une chaise, des bancs dont la facture n'est pas sans évoquer leurs homologues de l'église de Barbonville, dont la réalisation est le fait des ateliers Claudel- Vallin de Nancy. Une horloge, fournie par la maison Gugumus, est installée dans le clocher en 1897.
L'église Saint-Pierre présente une nef à trois vaisseaux de cinq travées recouverte par un comble unique à deux égouts, de même précédée d'une tour-porche. La sacristie est placée à l'extrémité d'une nef latérale. Cette disposition, tout à fait courante pour un édifice de taille moyenne, est employée pour la première fois par Vautrin en 1854, elle se généralise après 1859 à la suite d'instructions de la Commission des Edifices Diocésains, alors chargée de dire le "bon goût" en la matière et qui s'inspire directement des théories de Viollet-le-Duc. L'élévation extérieure est tout à fait conforme à la production courante de l'architecte dans les années 1860-1877 . Fenêtre à lancette unique (d'une largeur de 0, 80 m), arcatures sous les rampants du mur-pignon de la façade principale, présence d'acrotères. La façade ornée d'une rosace constituée de plusieurs arcs trilobés et inscrite dans un gâble est uniquemment employée par Vautrin depuis 1863 (églises de Jeandelaincourt et Neufmaisons). L'allure générale de l'édifice se retrouve dans les églises de Baudricourt (Vosges), Cerville, Sexey-aux-Forges construites en 1867, Médonville (Vosges) en 1868, Mangonville en 1873, le clocher avec sa flèche cantonnée de quatre aiguilles, ses chanfteins moulurés aux angles, ses bandeaux qui soulignent fortement les ogives des fenêtres du bemoi, constitue la copie d'un modèle déjà largement éprouvé. Une comparaison avec le projet de 1864 fait apparaitre quelques petites différences , des lucarnes en pierre rythment la base de la flèche centraIe, les fenêtres du beffi-oi sont pourvues d'arcs trilobés non prevus, L'oeil de boeuf renfermant le cadran de l'horloge devait être surmonté d'un petit gâble reposant sur deux culots. Le décor intérieur, au programme largement inachevé (les chapiteaux de colonnes sont en attente de sculpture), se réfugie dans le motif en "zigzag" , inspiré du portail roman de l'église de Badsey-la-Côte, qui orne l'arc triomphal et dans les arcatures trilobées qui soulignent le pourtour de l'abside, Cher à l'architecte Vautrin, ce dernier thème constitue la "signature" la plus lisible du décor intérieur de ses édifices. La présence d'occuli quadrilobes à l'extrémité des nds latérales, artifice utilisé pour la première fois par l'architecte à l'église de Gerbéviller en 1859, la soumission du décor aux lignes de force de l'architecture, soulignent assez bien le caractère rationaliste d'une oeuvre que même Viollet-le-Duc ou Anatole de Baudot n'auraient pas reniée. P. Thiébault (inventaire de Lorraine) Dans la Revue Lorraine Populaire Juin 1998 |
Sa chapelle
Au sommet de la côte Saint-Pierre (la première cuesta du Bassin Parisien), dominant les Vosges, se trouve la chapelle Saint-Pierre attestée dès 1120 dans la charte de l'abbaye de Senones. Cette chapelle serait le choeur de l'ancienne église reconstruite au XIIIe sciècle : le linteau trilobé au-dessus de la porte d'entrée avec sa croix pattée gravée et la petite fenêtre, datent de cette époque. |
Marianne d'orLe bénévolat récompensé L'association "Les amis du livre" peut s'appuyer sur un fort bénévolat dans le village. Jean-Marie Vanot, (maire de mars 1995 à mars 2001) s'est d'ailleurs vu attribuer la Marianne d'Or 1997 à ce titre. Nulle récompense n'était plus méritée : Jean-Marie Vanot et son conseil municipal, se sont dévoués sans compter. Carrure de pilier de rugby, 49 ans, élu municipal pendant plus de 20 ans, Jean-Marie Vanot est facilement reconnaissable. En salopette, cheveux gris bouclés, il sillonne sa commune au volant de sa Méhari et n'arrête jamais de travailler. Capable de vous construire une maison de A à Z, cet ancien paysan, devenu responsable du centre technique municipal de Baccarat, est toujours le premier à donner un sérieux coup de main à l'habitant dont la chaudière vient de rendre l'âme. Et quand il s'agit de tracer un sentier de randonnée en forêt pour les visiteurs du village du livre, il entraîne avec lui le dimanche matin une vingtaine de bénévoles et prêche d'exemple, débroussailleuse en main. Jean Marie Vanot, maire du village de mars 1995 à mars 2001 à gauche Alain Trampoglieri , créateur de la Marianne d'or à droite |
Des jeunes découvrent un village typiquement lorrain
Les classes d'enfants, d'adolescents et même d'étudiants qui viennent à Fontenoy-la-Joûte avec leurs instituteurs et leurs professeurs s'étonnent …
"M'sieur, y a pas de sonnette!" Ce qui les frappe le plus les jeunes visiteurs, c'est l'absence de sonnette à la plupart des portes d'entrée des maisons. En effet, il faut pénétrer dans la maison et jusque dans la cuisine pour signaler sa présence. Quand au vaste espace qui précède les façades et sur lequel aujourd'hui l'on gare des voitures, c'est l'ancien "usoir" : un espace public à usage privatif sur lequel les paysans naguère déposaient le fumier, les tas de bûches pour l'hiver et le matériel agricole). Ce terrain qui pourrait, tant il est grand, accueillir parfois une maison supplémentaire, n'est pas clos. A la différence des pavillons urbains, ici nulle haie, nulle grille, nul portail. Et les élèves en tirent eux-mêmes la conclusion : ce qui caractérise les villageois lorrains, c'est leur sociabilité. Ils ne vivent pas repliés sur eux-mêmes, mais sont ouverts au prochain, au voisin.
"M'dame, les grandes portes, elles sont pas pareilles!" Les jeunes visiteurs remarquent aussi que les anciennes fermes lorraines sont juxtaposées, collées les unes aux autres, soit dans le même alignement, soit en décrochement les unes sur les autres. Très vite, ils repèrent les différentes portes de granges : portes charretières à arc en plein cintre, à arc en anse de panier ou à linteau droit (cas le plus fréquent) : celui-ci correspondrait au passage dans les années 1920 à la mécanisation et aux bottes de paille aux formes parallépipédiques. Ces fermes jointives sont assez étroites de façade, mais toutes en longueur. Et les élèves s'amusent à compter les travées des maisons : d'une à quatre. Une pour l'humble berger du troupeau communal, quatre pour le propriétaire aisé. L'entrée de cave apparente signale les anciennes maisons (il en reste 22) de vignerons et rappelle que la côte St Pierre était naguère couverte de vignes qui donnaient un petit vin vendu dans la région. Quant au grenier, il est immense et recouvre toute la surface de la maison. Naguère, le foin servait d'isolant contre le froid l'hiver et rafraîchissait la maison l'été. L'immense toiture à faible pente est soutenue par deux "hommes debout" en chêne. Quand les élèves pénètrent à l'intérieur d'une grande ferme, comme celle qu'occupe aujourd'hui la bouquinerie "A la recherche du livre perdu", ils découvrent un long couloir qui dessert la cuisine. Comme celle-ci est au milieu de la maison dont les murs sont mitoyens avec la ferme voisine, cette pièce n'a pas de fenêtre : elle est aveugle. "Chut, écoute le prof !" Fontenoy-la-Joûte date du XIIe siècle (1120). C'était un village de défrichement. Ce village en étoile (variante du village-rue) est bâti à la croisée de chemins qui desservaient les champs. L'habitat rural existant date essentiellement du XVIIIe s. (maisons à rez-de-chaussée seul) et de la première moitié du XIXe siècle (jusque vers 1840) : un plus grand besoin de confort se traduisit alors par la reconstructions des maisons et l'apparition d'étages carrés. Parmi les chronogrammes qui figurent au-dessus des portes, on relève par exemple 1703, 1708, 1714, 1739, 1748, 1799 . . . et 1838.
"Laisse tomber, personne n'écoute!" Quant au décor, on relève des niches comme au 35 de la rue de la Division Leclerc (maison datée de 1748) avec des fleurs et une croix à bras coudée ou au 2 rue du Tremblot (1739) avec cœur transpercé de trois clous, "IHS" crucifère, rosace et croix de Lorraine. Au 21 bis de la rue de la Division Leclerc (1708), un linteau sculpté présente des rosaces, croix de Lorraine et demi-cercles. Certaines clefs de voûte, au-dessus des portes, présentent des motifs assez rares qui datent de la période révolutionnaire et napoléonienne : au 8 rue du Tremblot (1799), un bonnet phrygien et un faisceau de licteur. Au 9 rue St Pierre (1801), un bonnet phrygien et un cœur. Au 24 rue St Pierre, une superbe ferme (1703) présente une très belle porte piétonne à chambranle mouluré à crossettes. Sur la façade postérieure se trouve une porte du XVe-XVIe siècle au linteau décoré d'un arc en accolade polylobé. "C'est encore loin la chapelle Saint Pierre, M'dame?" La présence d'une église au sommet de la côte St Pierre (la première cuesta du Bassin parisien) est attestée dès 1120 dans une charte de l'abbaye de Senones. Dans son état actuel, la chapelle Saint Pierre, très bien restaurée, serait le chœur de l'ancienne église reconstruite au XIIIe siècle : le linteau trilobé au-dessus de la porte d'entrée avec sa croix pattée gravée, la petite fenêtre percée dans le mur datent de cette époque. Et la trace de l'arc triomphal en façade témoigne de la destruction de la nef de l'ancienne église. L'édifice a été transformé au XVe siècle : percement d'une porte d'entrée dans la façade occidentale, voûtement d'ogives, lavabos et armoire eucharistique. "Pourquoi elle s'appelle aussi St Pierre, l'église?" L'édifice actuel a remplacé une église reconstruite dans les années 1750. C'est une église de style néo-gothique construite de 1864 à 1869 sur les plans de l'architecte nancéien Léon Vautrin (1820-1884). L'église est de type halle (elle est formée de trois vaisseaux sensiblement de même hauteur et le vaisseau central est aveugle) avec un chœur polygonal. L'ensemble est voûté d'ogives. Le mobilier, en bois ou en pierre, date de la deuxième moitié du XIXe siècle. Parmi les statues, plusieurs proviennent de l'ancienne église : Vierge à l'enfant, Christ en croix et saint Nicolas, du XVIIIe ou du début XIXe siècle.
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